· Synthèse Prisme NEWS · Mis à jour le 28.10.2026
« Casseurs-payeurs » : le Sénat élargit la responsabilité financière et les restrictions de manifester
Adopté le 28 octobre par 229 voix contre 105, le projet de loi permettrait de réclamer jusqu’à 10 000 euros à certains participants à des rassemblements violents, même sans dégradation directement imputable. Saisies de prestations sociales, interdictions de manifester et surveillance complètent le texte, désormais transmis à l’Assemblée nationale. [S1] [S7] [S11]

Le Sénat a adopté dans la nuit du 27 au 28 octobre 2026 le projet de loi dit « casseurs-payeurs », par 229 voix contre 105. TF1 Info, Public Sénat et BFMTV rapportent le même vote, soutenu par la majorité sénatoriale et le Rassemblement national, malgré l’opposition de la gauche. Le texte doit désormais être examiné à l’Assemblée nationale : cette adoption ne rend pas ses dispositions applicables. [S1] [S7] [S11]
De la réparation des dégâts au maintien de l’ordre
Initialement composé de cinq articles, le projet s’est enrichi d’une vingtaine de dispositions supplémentaires, à l’initiative du gouvernement et de la droite sénatoriale. Pensé après les débordements ayant accompagné le sacre européen du PSG, il a été présenté comme une urgence après les violences du 17 octobre. Son périmètre dépasse désormais le recouvrement des réparations pour toucher aux manifestations, à la surveillance et aux réseaux sociaux. [S1] [S11]
Cet élargissement rejoint les travaux d’une mission sénatoriale sur le maintien de l’ordre. Une page officielle du Sénat confirme la présentation, le 21 octobre, de ses conclusions et de la position de la commission des lois sur le projet. Public Sénat précise que les rapporteurs ont souhaité intégrer certaines de ces recommandations au texte. [S12] [S8]
Payer sans avoir personnellement causé les dégâts
La mesure centrale permettrait à l’État de réclamer des dommages et intérêts à des personnes qui ne seraient pas les auteurs directs des dégradations. Seraient visées celles ayant « sciemment participé » à un groupement formé pour commettre des violences ou des dégradations, ainsi que celles demeurées dans un attroupement après deux sommations des forces de l’ordre. Cette responsabilité civile solidaire serait plafonnée à 10 000 euros par personne : il ne s’agit pas d’une amende automatiquement infligée à tout manifestant. [S1] [S8] [S11]
Public Sénat apporte une précision importante : la version sénatoriale prévoit des dérogations pour les personnes restées sur place pour un « motif légitime », notamment les observateurs indépendants et les secouristes bénévoles, ou « street medics ». Un amendement gouvernemental visant à limiter cette protection aux journalistes professionnels a été rejeté. Ces exceptions complètent les comptes rendus généraux, qui ne les détaillent pas. [S8]
Pour Laurent Nuñez, l’objectif est de faire contribuer les responsables à la réparation plutôt que d’en laisser le coût aux contribuables et aux victimes. Le ministre soutient que le dispositif reste fondé sur une faute. À l’inverse, Mélanie Vogel conteste sa prise en compte des situations concrètes : elle évoque notamment des sommations inaudibles ou l’impossibilité de quitter un rassemblement encerclé. Ce sont des objections parlementaires, non des effets déjà constatés de la loi. [S8]
Des saisies qui toucheraient les ressources du foyer
Le texte permettrait également de saisir une partie des prestations sociales pour recouvrer les dommages et intérêts dus. Les allocations familiales, les aides personnelles au logement et le RSA seraient concernés. Après une seconde délibération, le dispositif a aussi été étendu au complément familial, à l’allocation de rentrée scolaire et à la prime d’activité. [S1] [S7] [S11]
Le débat porte ici sur les conséquences pour les proches du débiteur. La socialiste Marie-Pierre de la Gontrie reproche au mécanisme de faire supporter à une famille la responsabilité d’un seul de ses membres. Le corapporteur centriste Olivier Bitz lui oppose les conséquences des dégradations pour les familles des commerçants. David Margueritte défend, de son côté, une saisie laissant un reste à vivre. Les comptes rendus ne permettent toutefois pas de préciser toutes les garanties financières retenues. [S7]
Laurent Nuñez a annoncé une saisine du Conseil d’État sur les extensions aux prestations sociales, afin d’examiner l’équilibre entre solidarité et réparation. Cette annonce ne vaut pas confirmation de leur conformité juridique. [S1] [S11]
Manifester, publier et être surveillé
Les ajouts comprennent des interdictions individuelles de manifester décidées par le préfet pour des personnes ayant déjà commis des violences ou des dégradations. Ils concernent aussi l’utilisation facilitée de drones judiciaires et de vidéoprotection algorithmique, ainsi que des expulsions de logements sociaux. Une procédure permettrait également de solliciter le retrait sous 24 heures de contenus appelant à des violences, des vols ou des destructions, avec des possibilités de blocage et de déréférencement des plateformes récalcitrantes. [S1] [S8] [S11]
Les défenseurs du projet affirment vouloir protéger les manifestations pacifiques des violences qui éclipsent leurs revendications. Ses opposants, parmi lesquels des syndicats, Amnesty International et le Conseil national des barreaux, dénoncent des atteintes aux libertés. Mélanie Vogel redoute notamment que le risque financier dissuade des personnes de manifester sans violence. Ces conséquences restent débattues, sans évaluation de leur application à ce stade. [S1] [S11]
L’examen à l’Assemblée nationale laisse donc ouverts le contenu définitif du dispositif et ses garanties. Les sources consultées ne détaillent pas l’ensemble des conditions de preuve ni des voies de recours associées aux nouvelles restrictions. La question centrale demeure celle du lien entre le comportement personnel établi, les dommages à réparer et les conséquences imposées à chacun. [S7] [S8] [S11]
Les sources
- LCIViolences urbaines : le projet de loi "casseurs-payeurs" adopté et durci au Sénat
- Public SénatLe Sénat adopte le projet de loi « casseurs-payeurs » après l’avoir largement durci
- Public SénatProjet de loi « casseurs-payeurs » : le Sénat adopte le nouveau régime de responsabilité civile solidaire pour les participants à une manifestation violente
- BFMTVLe projet de loi "casseurs-payeurs" adopté et élargi au Sénat après les violences du 17 octobre
- SénatMI Avenir du maintien de l'ordre et projet de loi dit "casseurs-payeurs"
- BFMTVDIRECT. Le Sénat approuve le projet de loi "casseurs-payeurs" après les débordements du 17 octobre
- Euronews« Casseurs-payeurs » : après les émeutes du 17 octobre, le projet de loi passe l’étape du Sénat
- Le Dauphiné libéréPolitique. Manifestations : le Sénat adopte la loi « casseurs-payeurs » controversée et l'élargit
- CNewsLoi «casseurs-payeurs» : voici ce que contient le texte adopté par le Sénat
- 20 Minutes FranceColère sociale : Le Sénat adopte le projet de loi « casseurs-payeurs » après les violences du 17 octobre
- Sud OuestCasseurs-payeurs : le projet de loi adopté et élargi au Sénat, en plein cœur de la contestation
- franceinfoPrestations sociales saisies, nouvelles interdictions de manifester... Le projet de loi "casseurs payeurs" adopté et élargi au Sénat, en plein cœur de la contestation